Réflexions et recherches autour du thème:
Ce projet s'est construit à partir des souvenirs émotionnels que j'ai gardé de mes premières déambulations dans les rues de Trentemoult.
Sensation d'être une intruse qui s'impose dans un espace intime et resséré.
Sentiment d'être également invitée...
Espace public empreint d'intimité:
L'espace public à Trentemoult est très particulier et ne peut à mon avis être abordé comme nimporte quel espace public. Les habitants semblent présents partout. Ils sont les fantômes de la rue. Ils emplissent l'espace public de leur présence invisible, impalpable. Dans cet espace public ils laissent leur trace, leur empreinte. L'atmosphère est saturée par leur murmure de vie.
L'autre est proche, invivible ou réel.
L'espace public à Trentemoult nous oblige à côtoyer, frôler ou heurter l'intimité de l'autre.
On passe, entend, regarde ou aperçoit, voie, écoute, évite, s'arrète, se détourne, saisi, perçois...........................................................................................
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"Les empreintes de l'intime"
Conduire le public à suivre un itinéraire précis dans Trentemoult, sorte de jeu de piste émotinnel.
P oint de départ: Une porte ( réelle ou virtuelle)
Le long du parcours:
Dessins, photos, esquisses, texte...Comme une empreinte, une trace...qui devient également un lien, une onde se propageant de maison en maison.
Sur ces photos: gros plans,empreintes,traces...présence...l'AUTRE.Ce circuit sera ponctué et rythmé par divers éléments: moulages, empreintes, dessins, photos...( sur le sol ou sur les murs dans la continuité du fil).
Travail avec des habitants de Trentemoult lors de la préparation du projet.
Arrivée: Maison symbolisée par un petite place dont l'arbre central forme le toît. Performance dansée par Gaële de la Taste(chorégraphe et danseuse, compagnie de l'Envol à Saintes) et Texte de Richard Couaillet (écrivain . A paraître en septembre 2007: "Angélique boxe" chez Acte Sud junior).
Cette performance sera construite dans la continuité du Fil:traces sonores, empreintes, textes...
Isabel Lemaire
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INEXTERIEUR
Richard Couaillet
(texte écrit pour "les
Empreintes de l'intime", création plastique de
Isabel-Lemaire)
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Je suis l’oreille qui emprunte je suis la mémoire qui empreinte
Je suis l’oreille qui traîne et qui se tend au monde autour
Je suis l’oreille passante timide de cette intimité des paroles de table
Oreille chercheuse
Oreille interne de nos murs perméables traversés de
Tympan peau tendre et fine des regards échangés quand le verre se lève, quand la fourchette tinte, glisse entre les dents, quand le corps hésite à la bifurcation du regard et du pas devant l’autre, quand le corps se met à pencher, quand les mots tentent une sortie « Bonjour bon appétit » « Bonjour à votre santé »
sortie ravalée au fil d’un pas l’autre
chemin à suivre le guide touristique sous l’œil impassible du chat blanc
le chat blanc sur la boîte aux lettres dort fait semblant il guette le passage du courrier carte postale du Cap-Horn envoyée en Albatros transatlantique
le chat blanc chaque jour à pas lents retrace la frontière insulaire et lève la queue aux balises du Seil comblé mais qui ne trompe pas la mémoire petit ruisseau à tremper son orteil
parce que le chat blanc sait que Trentemoult n’est pas Rezé même à s’oublier en promenade digestive au seuil du Seil petit ruisseau concédé au savoir du sol qui bien au-delà du leurre de la Californie ne saurait enfouir l’empreinte limoneuse de son insularité
mais le chat blanc sait la franchise perdue et l’allégeance faite l’appartenance due
mais le chat blanc est un sourcier sensible à l’empreinte de l’eau
mémoire de l’eau mémoire de Loire
où le Seil renaît à la proue de ses planches courbes sur les eaux du grand fleuve
quand le Seil en flottille retrouve enfin la Loire
et d’une rive l’autre la grue monument veille et sommeille sur les trottinettes et vélos laissaient au seuil de la nuit qui tombe douce sur les rues labyrinthes
et demain au réveil les jouets seront là scintillants de la rosée des trottoirs suspendus de Trentemoult
ou peut-être emportés dans une rue plus loin par l’utopie d’un rêve phalanstère
un rêve Lu Lu petit beurre
aux trottoirs suspendu
et le tympan peau tendre se remet à vibrer
membrane émue
quand l’intime ose la lumière
quand l’intime accepte le regard qui frôle
détourne le regard qui fouille
quand l’intime se fixe sur ce lieu d’arpenteur et déroute le passant qui contourne la scène tableau miniature d’une vie qui ne se donne pas à voir
d’une vie qui dépose les murs aux pieds de celui qui s’avance dans la certitude de l’espace défini du dedans
d’une vie qui repousse le pli
d’une vie voix publique qui ne s’exhibe pas
d’une vie de pêcheurs cabotage
d’une vie capitaine de Belem
d’une vie d’ouvriers métallos
d’une vie qui mange sous le ciel
parle sous le ciel
sans autre plafond que d’être soi
d’une vie qui pourtant dans l’enceinte des murs ne renonce pas au silence de soi aux paroles qui portent et qui disent plus et moins qu’il ne faudrait dire
d’une vie de village qui n’a d’artiste que le vivre pour que le rêve phalanstère s’accroche encore aux avirons du Seil
d’un village qui monte
qui balise touristique
qui gépéesse son passé
qui court-circuite le passant parasite
qui hésite à franchir
d’un village qui soudain se met à trembler aux abords de sa mutation
d’un village qui perd la mémoire des anciens trop perclus pour les marches du sommeil et qui partent s’éteindre où les racines ne poussent plus
d’un village qui regarde venir l’embaumeur quand la mémoire s’obstine au-delà du vivant et se mue en musée aux volets si jolis
(Reprise) Rien en moi ne frémit au soleil déclinant Tout en moi aiguise ses aguets parce que Je suis l’oreille du chat blanc qui ignore l’extase Je suis la moustache du chat blanc qui ignore l’extase Je suis la fourrure blanche du chat qui ignore l’extase des regards numériques et des guides loquaces comme vous le voyez mesdames et messieurs ces personnes assises là en cette lumière d’été soleil couchant ne sont pas sans évoquer à la fois le tremblé de Monet et l’art de la scène de Vermeer. Il faut dire que nous sommes ici au confluent d’influences variées qui vont des Vikings à l’Empire romain. Vous pouvez observer dans le regard des personnages qui mangent et boivent encore toute la vie du regard. Ce côté vivant du tableau, Mesdames et Messieurs, est unique et je vous prie de ne pas utiliser de flash de façon à ne pas détériorer les pigments. Lascaux a trop souffert, voyez-vous, et ici, les toiles ont cette particularité de n’être pas vernies, et donc très fragiles. Un peu plus loin nous allons découvrir le chat blanc sur boîte aux lettres qui éveillera chez vous des souvenirs de Chardin sans aucun doute, mais attention ce tableau est un peu méchant, il griffe, j’espère que vos vaccins antitétaniques sont à jour, enfin nous espérons que vous ne partirez pas sans votre boule à neige Trentemoult qui vous propose une miniature au choix apéro au bord de l’eau ou déjeuner trottoir d’en face, l’ensemble de la recette allant bien sûr à la fondation « Trentemoult oublié »Je suis l’oreille interne de nos murs traversés de Je suis l’oreille chercheuse d’une vie extérieure qui me dira l’intime d’un cœur inconnuJe suis l’oreille passante attentive à la vie du dehors où se lit le dedans filigrane incertain de notre envie de dire.
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